15/07/2010
Granville se lance dans la culture de coquilles Saint-Jacques pour ménager la ressource
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Le premier port de pêche de coquillages de France, Granville (Manche), s'est lancé dans l'ensemencement de coquilles Saint-Jacques, une démarche importée de la Bretagne voisine pour ménager la ressource et réduire les coûts.

"L'idée c'est de gérer la ressource, moi j'ai deux fils pêcheurs, je veux assurer l'avenir", affirme André Piraud, président du comité des pêches de Granville et patron de l'Octopussy.

Pour lui, il est important de montrer que les pêcheurs "travaillent au développement durable". Il est allé lui-même plonger en mai 500.000 naissains - larves des coquilles Saint-Jacques- au sud de Chausey, en deux fois.

Les pêcheurs comptent en ajouter 500.000 autres à l'automne, un investissement de 100.000 euros, dont la moitié de subventions, soit 1.000 euros par pêcheur.

Une soixantaine de bateaux de Granville et ses environs ont investi dans le projet.

L'Ifremer salue cette initiative. "Cela prouve que les pêcheurs s'inscrivent dans une démarche de développement durable", déclare Eric Foucher à Port-en-Bessin (Calvados). Car même si les gisements français de coquilles Saint-Jacques se portent "plutôt bien", mieux vaut anticiper.

D'ici trois ans les naissains de 3 cm achetés à l'écloserie du Tinduff, à Plougastel-Daoulas (Finistère), devraient donner presque 150 tonnes de coquilles dépassant les quelque 10 cm réglementaires et auront commencé à se reproduire, selon les calculs du comité des pêches.

Et d'ici quatre ou cinq ans sur les 1.600 tonnes de coquilles pêchées annuellement par Granville et ses environs, 800 tonnes pourront provenir de l'ensemencement. Le comité voudrait pour cela semer un million de naissains par an, mais ne peut financer seul que la moitié.

"On ne cherche pas à pêcher plus. On cherche à réduire les coûts notamment de gazole, car on aura une zone de pêche à une demi-heure de route au lieu de 2, ce qui par ailleurs réduit aussi la pénibilité du travail", explique M. Piraud, d'autant que là où sont les naissains, "la mer est plus sûre".

Cependant, pour l'instant, "aucune donnée scientifique" ne peut accréditer l'objectif des 800 tonnes issues de l'ensemencement d'ici cinq ans, tempère le chercheur de l'Ifremer.

Car "le réensemencement c'est un timbre poste comparée à la zone de pêche. Les coquilles vont grossir et augmenter la biomasse à cet endroit mais leur reproduction est beaucoup plus aléatoire. Donc attention il ne permet pas de régler la question de la ressource dans son ensemble", souligne M. Foucher.

La pêche de la coquille Saint-Jacques est très encadrée, notamment par un décret qui autorise la pêche, en gros d'octobre à mi mai.

L'ensemencement de coquilles a démarré il y a une trentaine d'années en France, avec la création de l'écloserie du Tinduff qui reste la seule écloserie de coquilles Saint-Jacques en Europe, selon son directeur Jean-Pierre Carval.

Depuis "une petite dizaine" d'années, la nurserie qui produit 4 à 8 millions de naissains par an, les vend à des pêcheurs qui les immergent au large de La Rochelle, Quiberon (Morbihan), Morlaix (Finistère), Paimpol (Côtes d'Armor), Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), selon M. Carval.

"Ce sont de petits bassins de coquilles, de l'ordre d'une centaine de tonnes", relativise M. Foucher, rappelant que l'un des deux principaux gisements de coquilles Saint-Jacques, la baie de Saint-Brieuc (6 à 7.000 tonnes), a "renoncé à l'ensemencement il y a 20 ans".

Les pêcheurs du principal gisement français de coquilles Saint-Jacques, la baie de Seine (10 à 15.000 tonnes), n'ont pour leur part pas tenté l'expérience.

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