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Face à la CPI, le Tchad privilégie le rapprochement avec le Soudan

23/07/2010 16:34:00

Le Tchad a privilégié le rapprochement avec son voisin, le Soudan, en refusant d'exécuter deux mandats d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) contre le président soudanais Omar el-Béchir, qui achève vendredi une visite de trois jours à N'Djamena.

Les deux pays ont amorcé en janvier un réchauffement matérialisé notamment par un accord de "normalisation" de leurs relations après cinq ans de guerre par rébellions interposées. Ils ont aussi déployé depuis six mois une force mixte de 3.000 hommes pour sécuriser leurs frontières.

Jeudi soir, le président tchadien Idriss Deby Itno s'est fait l'avocat du Soudan lors du sommet de la Communauté des Etats sahélo-sahariens (Cen-Sad), qui se poursuivait vendredi en présence de M. Béchir.

Il a plaidé en faveur d'un soutien au processus de Doha, négociations en cours depuis plusieurs mois au Qatar pour ramener la paix au Darfour, région de l'ouest du Soudan -frontalière du Tchad- en proie depuis sept ans à une guerre civile ayant fait 300.000 morts selon l'ONU, 10.000 d'après Khartoum.

"Nous devons apporter notre soutien au processus de Doha. (...) Je lance un appel à toutes les parties pour qu'elles adhèrent au processus de Doha en vue d'une solution de paix juste et durable", a dit le Tchadien.

Ces pourparlers entre gouvernement et groupes rebelles soudanais sont parrainés par le Qatar, l'Union africaine (UA) et l'ONU. Ils ont permis jeudi la signature d'un accord de cessez-le-feu entre Khartoum et le Mouvement pour la libération et la Justice (MLJ, alliance rebelle minoritaire), selon le médiateur qatari Ahmed Al-Mahmoud.

La veille, mercredi, le gouvernement tchadien avait rejeté les appels à l'arrestation du président Béchir à N'Djamena, en vertu de deux mandats d'arrêt pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide au Darfour. Ces mandats ont été émis par la CPI, dont le Tchad a ratifié le traité fondateur (Statut de Rome).

"Ce n'est pas au Tchad qu'el-Béchir sera arrêté", avait martelé le ministre tchadien de l'Intérieur, balayant les "injonctions des organisations internationales". N'Djamena avait expliqué s'aligner la position de l'UA, qui a décidé de ne pas coopérer avec la CPI sur le dossier Béchir.

La Cen-Sad a aussi implicitement adopté la même ligne évitant de mettre à mal l'axe N'Djamena-Khartoum, en exprimant un soutien sans faille au président Béchir "contre toutes les accusations" faites contre lui à propos du Darfour.

"Ces accusations ne contribuent pas à ramener la paix dans cette partie du Soudan (...). Nous déclarons notre total soutien et notre solidarité au Soudan et à son peuple", a affirmé le Libyen Mohamed al-Madani al-Azhari, secrétaire général de la Cen-Sad.

Les Etats-Unis ont, eux, ouvertement salué jeudi le réchauffement entre le Tchad et le Soudan, arguant d'"un impact positif" prévisible sur le terrain. Ils avaient toutefois rappelé au Tchad "ses responsabilités" envers la CPI.

A N'Djamena, M. Béchir était protégé par un important dispositif de sécurité tchadien mais aussi plusieurs dizaines d'agents des forces de défense et de sécurité soudanais, en tenue ou en civil.

Sa visite, entamée mercredi après-midi, a suscité une vive polémique, marquée par les protestations d'ONG et opposants tchadiens, d'ONG internationales mais également de l'Union européenne qui a invité jeudi N'Djamena "à respecter ses obligations" envers la CPI et en arrêter "ceux qui sont inculpés" par cette Cour.

Pour le procureur de la CPI, Luis Moreno Ocampo, la liberté dont continue de jouir M. Béchir est un sursis. "C'est juste question de temps, il devra tôt ou tard se rendre à La Haye et affronter la justice", a-t-il averti

 
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