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Presque silencieux jusqu'ici, les syndicats s'inquiètent désormais ouvertement de voir le dossier retraites aux mains d'Eric Woerth, au coeur d'une polémique qui aboutit à "masquer le débat de fond" et les priver d'un interlocuteur concentré sur le seul sujet qui compte pour eux.
A quatre jours de l'examen du projet de réforme à l'Assemblée nationale, la position du ministre du Travail, auquel Nicolas Sarkozy a renouvelé vendredi son soutien, s'est encore détériorée après qu'il a reconnu être intervenu pour l'attribution de la Légion d'honneur au gestionnaire de la fortune de Liliane Bettencourt, ce qu'il avait nié jusqu'ici.
La polarisation médiatique autour du rôle exact d'Eric Woerth dans l'un des volets de l'affaire Bettencourt et de son sort dans le gouvernement Fillon ont conduit le secrétaire général de la CFDT François Chérèque à sortir de son silence.
Alors que les syndicats répétaient en choeur "on ne choisit pas nos interlocuteurs", le leader cédétiste a lâché vendredi, en présence de son homologue de la CGT Bernard Thibault, que le cas Woerth était désormais "un vrai problème" pour eux.
"Comment peut-il gérer en même temps ses problèmes personnels avec l?affaire Bettencourt et la réforme des retraites?", s'est-il interrogé. Conséquence principale, selon François Chérèque: "On n?aborde plus du tout le fond du dossier".
Avant les vacances, son homologue de la CFTC Jacques Voisin craignait que l'affaire Bettencourt serve d'"écran de fumée" au dossier des retraites, tandis que le patron de l'Unsa (autonome) Alain Olive cherchait à éviter que la journée de protestation du 7 septembre soit "un peu détournée de son sens".
Pour le dirigeant FO Jean-Claude Mailly, "c'est un problème sans l'être" car "nous avons maintes fois, les uns et les autres, expliqué le contenu de cette réforme".
Les mots du patron de la CFDT privent l'exécutif et sa majorité d'un argument de poids, régulièrement utilisé jusqu'ici et consistant à opposer "la chasse à l'homme" qui serait pratiquée par l'opposition et la presse à l'attitude "responsable" des syndicats. Quelques heures plus tôt, Eric Woerth saluait encore leur "grande élégance".
Porte-parole de l'UMP, Dominique Paillé a allumé vendredi un contre-feu en accusant les syndicats d'avoir "rejoint les partis politiques" dans la vindicte anti-Woerth.
Une brèche s'est en tout cas ouverte dans la digue élevée autour du soldat Woerth. Des fissures étaient déjà apparues la semaine dernière lorsque Bernard Thibault avait regretté que le débat sur les retraites soit "pollué" par la "situation fragile" du ministre.
Cela "complique" la tâche des syndicats, car la majorité va en profiter pour "ne pas entendre ce que nous avons à dire sur les retraites", expliquait-il.
D'autant, et c'est la deuxième préoccupation des syndicats, que le ministre "a forcément l'esprit et son temps consacrés à autre chose", selon Bernard Thibault. Sur ce plan, "la situation empire", ajoute le "Monsieur retraites" de la CGT, Eric Aubin.
Ce que conteste la présidente de la Caisse nationale d'assurance vieillesse (Cnav), Danièle Karniewicz (CFE-CGC), dont la dernière rencontre avec M. Woerth remonte à juillet ("je n'ai pas senti qu'il avait la tête ailleurs"). Et aussi Laurence Parisot qui "ne comprend pas" la petite phrase de M. Chérèque.
Preuve que la machine a des ratés ? Malgré des "relances", la CFTC est restée sans nouvelle, jusqu'à vendredi, de sa demande de rendez-vous sur les retraites en réponse à un courrier ministériel.
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