National 26/11/2010
Les émissions judiciaires font la loi à la télévision
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Ambiance de polar, sensationnalisme, plongée au coeur de la justice: les émissions judiciaires, qui remettent sur le grill des affaires criminelles, ont le vent en poupe même si des voix s'élèvent pour réclamer le "droit à l'oubli" des personnes condamnées.

Fort du succès de "Faites entrer l'accusé", TF1 se lance dans la bataille mardi 30 novembre, en ouvrant les portes des tribunaux correctionnels. Avec "Un homme de loi", on suit un avocat, de la préparation de la défense de son client jusqu'à son procès.

Assassinats, meurtres, viols, attaques à main armée: "Faites entrer l'accusé" s'est imposée depuis 10 ans comme l'émisssion phare de France 2 en balayant l'histoire contemporaine du crime depuis 1975, date du début des archives télé.

"Il y a indéniablement une part non glorieuse de voyeurisme", souligne auprès de l'AFP le présentateur Christophe Hondelatte pour expliquer le succès de son émission.

"Le crime passionnel paie plus en audience, davantage que les tueurs en série ou les viols", analyse le journaliste qui endosse le rôle d'enquêteur, en éternel blouson de cuir. "Il y a un processus d'identification à la victime avec aussi une part d'empathie avec l'assassin", relève-t-il.

Pas question toutefois de faire une contre-enquête, indique à l'AFP Dominique Rizet, journaliste qui travaille pour "Faites entrer l'accusé". "L'idée est de revisiter une histoire, jugée définitivement, en la faisant raconter par des enquêteurs, avocats, magistrats, témoins et psychologues".

Dominique Rizet, qui officie aussi sur la chaîne "Planète justice", souhaite faire preuve de pédagogie: "Il s'agit d'expliquer le fonctionnement des remises de peine ou encore la loi sur l'irresponsabilité pénale".

Les journalistes se heurtent pourtant à un problème de taille: la loi française interdit, sauf exception, aux caméras l'entrée des tribunaux. Pas question de filmer les audiences, comme Court TV aux Etats-Unis, qui avait diffusé en direct le procès d'O.J Simpson.

Pourtant, dans "Un homme de loi", TF1 fait entrer les caméras dans un tribunal correctionnel. Une procédure qui nécessite l'accord de toutes les parties.

Au menu de ce magazine, l'avocat pénaliste Marc Geiger défend un jeune, multirécidiviste, jugé pour vol à main armée et qui risque une condamnation sévère. Comment l'avocat va-t-il préparer sa défense et tenter de le présenter sous son meilleur jour?

L'avocat fait office de "coach", de psychologue ou de soutien. "C'est compliqué de gérer l'émotion des gens", lâche l'avocat, qui fait penser étrangement au "Grand frère", autre émission de TF1.

Mais face au droit à l'information, l'association Ban Public, qui informe sur les prisons, oppose "le droit à l'oubli" et milite pour l'anonymat des personnes ayant été condamnées et le floutage de leur visage.

"Nous demandons un droit à l'oubli pour les personnes condamnées. Et ce qui nous est opposé c'est le droit à l'information", regrette Benoit David, avocat.

Selon Ban Public, "cela a parfois des conséquences dramatiques notamment à l'intérieur des prisons, où cela déclenche des actes de violence entre détenus".

"Cela fut le cas notamment lors du traitement d'une affaire remontant à 22 ans, un viol en réunion accompagné de meurtre". L'un des protagonistes a été victime d'insultes et de coups de la part d'autres détenus découvrant son histoire.

Le deuxième risque, regrette Ban Public, c'est que l'émission révèle l'histoire d'une personne qui a purgé sa peine et est désormais libre: "Certaines ont du déménager ou quitter leur boulot car leurs voisins et leur employeur avaient découvert leur passé judiciaire".

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